Vos questions… autour de la gamelle

Après 28 ans au contact des particuliers et des professionnels, certaines questions reviennent régulièrement. Internet et les réseaux sociaux regorgent d’articles, d’avis et de conseils, qui se contredisent souvent. Regardons cela d’un peu plus près.

Chat Maine Coon

La gamelle au-delà du marketing

Viande fraîche, sans céréales, ingrédients « naturels »… Sur les emballages, les promesses font envie. Mais que disent-elles vraiment de la qualité de l’aliment ? De la « caution vétérinaire » à la « cuisson basse température », dix arguments marketing sont décryptés pour distinguer ce qui séduit de ce qui compte.

À partir de la même étiquette, deux sites peuvent arriver à des conclusions différentes. Une analyse dépend des critères choisis et de leur importance, mais aussi de ce que l’étiquette ne dit pas : qualité des matières premières, procédés de fabrication, régularité des productions…

Le chien descend du loup : faut-il en conclure qu’il ne digère pas l’amidon ? L’archéologie le montre aux côtés des humains depuis au moins 14 000 ans, et la génétique a depuis comparé son génome à celui du loup. Ce que ces travaux révèlent sur les céréales nuance sérieusement l’idée reçue…

Le chien, le loup… et l’amidon

Les données archéologiques et génétiques montrent que des chiens vivaient déjà aux côtés des humains il y a au moins 14 000 à 15 000 ans. Quelques millénaires plus tard, avec le développement de l’agriculture, l’alimentation humaine évolue et les céréales prennent une place plus importante. Vivant au contact de l’homme, les chiens sont eux aussi progressivement exposés à ces nouvelles ressources alimentaires. Au fil du temps, cette cohabitation ne modifie donc pas seulement leur comportement, mais aussi certaines de leurs capacités digestives.

Une étude publiée en 2013 dans la revue Nature s’est intéressée aux différences génétiques entre le chien domestique et le loup. Les chercheurs ont comparé les génomes de 12 loups provenant de différentes régions du monde et de 60 chiens appartenant à 14 races différentes. Leur objectif était de mieux comprendre les transformations qui ont accompagné le passage progressif du loup au chien domestique.

Au total, ils ont identifié 36 régions du génome associées à la domestication et à l’adaptation du chien. Mais l’un des résultats les plus intéressants concerne l’alimentation. Les chercheurs ont identifié trois gènes jouant un rôle important dans la digestion de l’amidon, un glucide présent notamment dans les céréales et différents aliments d’origine végétale.

Ces résultats montrent que le chien s’est adapté à la digestion de l’amidon, notamment lorsqu’il est correctement transformé. Mais cette capacité digestive ne signifie pas que l’amidon doive occuper une place importante dans sa ration. Il n’existe pas de pourcentage idéal valable pour tous les chiens : l’équilibre de la recette, sa digestibilité et les besoins propres à l’animal restent essentiels.

L’idée selon laquelle « moins il y a d’amidon, mieux c’est » ne constitue donc pas, à elle seule, un critère déterminant.

Sources

Axelsson E. et al., The genomic signature of dog domestication reveals adaptation to a starch-rich diet, Nature, 495, 360–364, 2013. DOI : 10.1038/nature11837.

Arendt M. et al., Diet adaptation in dog reflects spread of prehistoric agriculture, Heredity, 117, 301–306, 2016. DOI : 10.1038/hdy.2016.48.

Sciences et Avenir / AFP, Le chien a appris à digérer l’amidon pour devenir le meilleur ami de l’homme, janvier 2013.

La gamelle au-delà du marketing

  1. La meilleure croquette au monde ?
  2. Premier ingrédient et viande fraîche : attention au poids de l’eau
  3. Des ingrédients « propres à la consommation humaine »
  4. Céréales et amidon : quelle différence ?
  5. La caution vétérinaire
  6. La cuisson « basse température »
  7. Images et pictogrammes : tous ne se valent pas
  8. Formulé avec des ingrédients « naturels »
  9. Une « alimentation sur mesure »
  10. Les céréales et le chat ?

La meilleure croquette au monde ?

La première fois que j’ai entendu parler de « la meilleure croquette au monde », c’était vers 2011, avec Orijen. Depuis, de nouvelles marques apparaissent régulièrement, souvent présentées comme meilleures que les précédentes.

Mais derrière cette surenchère de promesses, les fabricants restent bien moins nombreux que les marques. Beaucoup de produits sortent des mêmes usines. Pour se différencier, certaines marques multiplient les arguments marketing, créent leurs propres sites comparatifs ou construisent tout un récit autour de leurs produits.

« La plus naturelle », « la plus équilibrée », « créée spécialement pour votre chien »… Les promesses ne manquent pas. Mais que nous apprennent-elles réellement sur la qualité d’un aliment ? Une caractéristique peut présenter un intérêt sans pour autant rendre une recette meilleure dans son ensemble.

Les points qui suivent décryptent les affirmations les plus courantes.

Premier ingrédient et viande fraîche : attention au poids de l’eau

La liste des ingrédients est classée selon leur poids au moment où ils sont incorporés au mélange. Voir la viande en première position ne veut pas dire qu’elle représente la majorité de la recette. Elle peut simplement être l’ingrédient le plus lourd pris individuellement. Par exemple, si du riz, du maïs et de l’orge figurent ensuite dans la liste, le poids cumulé des céréales peut dépasser celui de la viande.

Autre élément important : la viande fraîche contient environ 70 à 75 % d’eau, dont une grande partie disparaît pendant la fabrication des croquettes. À poids égal, elle apporte donc moins de matière sèche qu’un ingrédient déshydraté.

Concrètement, 30 % de viande fraîche dans le mélange correspondent approximativement à 8 à 9 % de matière sèche issue de cette viande. Cela ne signifie pas que la viande fraîche est de moins bonne qualité, mais que son pourcentage avant cuisson ne reflète pas sa proportion dans le produit fini.

Être le premier ingrédient sur l’étiquette ne veut pas dire être majoritaire dans la croquette.

Des ingrédients « propres à la consommation humaine »

Cette expression est souvent présentée comme un gage de qualité, laissant entendre que les autres ingrédients destinés à l’alimentation animale seraient de qualité inférieure.

Pourtant, une grande partie des matières animales utilisées dans les croquettes provient des mêmes abattoirs que la viande destinée à notre alimentation. Les animaux passent par les contrôles sanitaires vétérinaires, puis certaines parties sont destinées à la consommation humaine, tandis que d’autres, moins recherchées, sont utilisées dans l’alimentation animale, selon une réglementation sanitaire spécifique.

La mention « propre à la consommation humaine » ne suffit donc pas, à elle seule, à garantir une meilleure qualité nutritionnelle.

Céréales et amidon : quelle différence ?

Les céréales sont des ingrédients. L’amidon est l’un des nutriments qu’elles apportent : il fournit de l’énergie. Le chien peut digérer l’amidon lorsqu’il est correctement préparé. Les céréales ne sont toutefois pas indispensables : une recette peut être équilibrée avec ou sans elles.

Mais « sans céréales » ne signifie pas « sans amidon ». Les pommes de terre, les pois ou les lentilles en apportent également. Remplacer du riz par des pois ne rend donc pas automatiquement une recette meilleure.

Ce qui compte, c’est la quantité utilisée, la préparation et l’équilibre de l’ensemble. La mention « sans céréales » vous indique une liste d’ingrédients, pas un niveau de qualité.

La caution vétérinaire

La caution vétérinaire n’a rien d’exclusif : de nombreuses marques, y compris celles vendues en grande surface, en font depuis longtemps un argument de vente.

Derrière cette mention, le rôle du vétérinaire peut être très différent : formulation de la recette, suivi régulier ou simple avis ponctuel. Pour savoir ce qu’il fait concrètement, trois questions sont utiles : qui formule l’aliment et avec quelles compétences ? Quels contrôles sont réalisés ? Comment l’équilibre nutritionnel du produit fini est-il vérifié ?

La cuisson « basse température »

Une croquette n’est pas forcément meilleure parce qu’une température plus basse figure sur son emballage. Ce chiffre peut ne concerner qu’une étape, comme le séchage, et ne suffit pas à décrire la fabrication : la température réellement atteinte dans le produit, la durée du traitement, l’humidité et la pression comptent aussi.

Pour juger l’intérêt du procédé, il faut donc connaître l’ensemble des étapes et vérifier la qualité nutritionnelle et la sécurité sanitaire du produit fini. Ces informations vous en apprennent davantage qu’une température mise en avant seule.

Images et pictogrammes : tous ne se valent pas

Une cuisse de poulet ou quelques légumes sur le sac ne décrivent pas précisément la recette. Lorsqu’un ingrédient est mis en avant par un mot ou une image, la réglementation européenne impose d’indiquer sa proportion. Ce pourcentage vous renseigne sur la quantité utilisée, mais l’image ne vous dit pas quelles parties entrent réellement dans la composition.

Un pictogramme peut être un simple symbole créé par la marque ou signaler une certification contrôlée par un organisme indépendant. Dans ce dernier cas, consultez les critères de la certification pour savoir ce qui est réellement vérifié : le symbole seul ne vous le dit pas.

Formulé avec des ingrédients « naturels »

Dans l’alimentation pour chiens et chats, le terme « naturel » désigne des ingrédients d’origine animale, végétale, minérale ou microbienne qui n’ont pas subi de transformation chimique de synthèse. Ils peuvent en revanche avoir été cuits, séchés, congelés, broyés ou extrudés.

La mention « naturel » renseigne donc sur l’origine et la transformation des ingrédients, mais ne garantit pas la qualité nutritionnelle de l’aliment.

Une « alimentation sur mesure »

Cette allégation est parfois mise en avant, notamment par certaines marques vendues sur Internet. L’expression est séduisante, mais mérite d’être précisée.

Tenir compte de l’âge, de l’activité, de la stérilisation ou de certaines sensibilités de l’animal est bien sûr pertinent. Mais sélectionner une recette parmi plusieurs références existantes ne signifie pas qu’elle a été formulée spécialement pour votre chien ou votre chat. Retrouver son nom sur le paquet n’en fait pas davantage une recette sur mesure.

Face à une promesse de « sur mesure », la question est donc simple : la recette a-t-elle réellement été formulée pour votre animal, ou choisie parmi des recettes existantes selon ses caractéristiques ?

Les céréales et le chat ?

Le chat est un carnivore strict : il a notamment besoin d’une alimentation riche en protéines et d’un apport en taurine, qu’il ne fabrique pas en quantité suffisante. Il n’a pas de besoin nutritionnel en amidon, mais peut le digérer lorsqu’il est correctement préparé et apporté en quantité modérée. Les céréales ne sont donc ni indispensables ni incompatibles avec son alimentation. Et « sans céréales » ne signifie pas « sans amidon » : les pommes de terre, les pois et les lentilles en apportent aussi.

En guise de conclusion

À force de vouloir se différencier, certaines marques misent davantage sur ce qui fait vendre que sur ce qui fait la qualité d’un aliment. Apprendre à faire la différence, c’est déjà mieux choisir.

Sites comparatifs : quelle pertinence ?

Un site comparatif n’a rien de problématique en soi, y compris lorsqu’il est proposé par une marque. La limite vient surtout du choix des critères et de l’importance accordée à chacun : deux sites peuvent partir de la même étiquette et parvenir à des conclusions différentes.

Les sites comparatifs s’appuient essentiellement sur les informations figurant sur les étiquettes ou communiquées par les marques : protéines, matières grasses, phosphore, calcium, énergie ou ingrédients.

Pourtant, d’autres éléments tout aussi importants restent difficiles à évaluer et sont rarement pris en compte : qualité et origine des matières premières, digestibilité, stabilité des lots, procédés de fabrication, contrôles qualité ou analyses du produit fini.

Une recette peut ainsi sembler meilleure sur le papier parce qu’elle répond aux critères retenus par le comparatif, sans être nécessairement meilleure dans la réalité.

Ce qui est le plus facile à comparer n’est pas forcément ce qui compte le plus.

Comparer, c’est aussi vérifier

Une nouvelle marque ne signifie pas nécessairement une nouvelle usine : de nombreux industriels fabriquent pour plusieurs marques, à partir de recettes existantes ou développées à la demande.

Pourtant, certaines marques très présentes sur Internet mettent en avant des arguments comme « sans intermédiaire », « notre usine » ou « alimentation sur mesure ». Des affirmations qu’il est souvent possible de vérifier grâce à une recherche sur Internet, aux registres des sociétés, au numéro d’agrément figurant éventuellement sur l’emballage ou à l’aide d’une intelligence artificielle.

On peut ainsi faire l’exercice avec quelques marques très présentes sur les réseaux sociaux comme Japhy, Hector Kitchen, Caats, Just Russel, Franklin… et comparer simplement les informations trouvées avec celles mises en avant.

La sous-traitance n’est pas un défaut. Ce qui compte, c’est la qualité du produit et la transparence des informations. Cette démarche vaut pour toutes les marques, y compris celles que je distribue.

Lorsqu’une information facilement vérifiable est inexacte, quelle confiance accorder au reste de la communication ?

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