La meilleure croquette au monde ?
La première fois que j’ai entendu parler de « la meilleure croquette au monde », c’était vers 2011, avec Orijen. Depuis, de nouvelles marques apparaissent régulièrement, souvent présentées comme meilleures que les précédentes.
Mais derrière cette surenchère de promesses, les fabricants restent bien moins nombreux que les marques. Beaucoup de produits sortent des mêmes usines. Pour se différencier, certaines marques multiplient les arguments marketing, créent leurs propres sites comparatifs ou construisent tout un récit autour de leurs produits.
« La plus naturelle », « la plus équilibrée », « créée spécialement pour votre chien »… Les promesses ne manquent pas. Mais que nous apprennent-elles réellement sur la qualité d’un aliment ? Une caractéristique peut présenter un intérêt sans pour autant rendre une recette meilleure dans son ensemble.
Les points qui suivent décryptent les affirmations les plus courantes.
Premier ingrédient et viande fraîche : attention au poids de l’eau
La liste des ingrédients est classée selon leur poids au moment où ils sont incorporés au mélange. Voir la viande en première position ne veut pas dire qu’elle représente la majorité de la recette. Elle peut simplement être l’ingrédient le plus lourd pris individuellement. Par exemple, si du riz, du maïs et de l’orge figurent ensuite dans la liste, le poids cumulé des céréales peut dépasser celui de la viande.
Autre élément important : la viande fraîche contient environ 70 à 75 % d’eau, dont une grande partie disparaît pendant la fabrication des croquettes. À poids égal, elle apporte donc moins de matière sèche qu’un ingrédient déshydraté.
Concrètement, 30 % de viande fraîche dans le mélange correspondent approximativement à 8 à 9 % de matière sèche issue de cette viande. Cela ne signifie pas que la viande fraîche est de moins bonne qualité, mais que son pourcentage avant cuisson ne reflète pas sa proportion dans le produit fini.
Être le premier ingrédient sur l’étiquette ne veut pas dire être majoritaire dans la croquette.
Des ingrédients « propres à la consommation humaine »
Cette expression est souvent présentée comme un gage de qualité, laissant entendre que les autres ingrédients destinés à l’alimentation animale seraient de qualité inférieure.
Pourtant, une grande partie des matières animales utilisées dans les croquettes provient des mêmes abattoirs que la viande destinée à notre alimentation. Les animaux passent par les contrôles sanitaires vétérinaires, puis certaines parties sont destinées à la consommation humaine, tandis que d’autres, moins recherchées, sont utilisées dans l’alimentation animale, selon une réglementation sanitaire spécifique.
La mention « propre à la consommation humaine » ne suffit donc pas, à elle seule, à garantir une meilleure qualité nutritionnelle.
Céréales et amidon : quelle différence ?
Les céréales sont des ingrédients. L’amidon est l’un des nutriments qu’elles apportent : il fournit de l’énergie. Le chien peut digérer l’amidon lorsqu’il est correctement préparé. Les céréales ne sont toutefois pas indispensables : une recette peut être équilibrée avec ou sans elles.
Mais « sans céréales » ne signifie pas « sans amidon ». Les pommes de terre, les pois ou les lentilles en apportent également. Remplacer du riz par des pois ne rend donc pas automatiquement une recette meilleure.
Ce qui compte, c’est la quantité utilisée, la préparation et l’équilibre de l’ensemble. La mention « sans céréales » vous indique une liste d’ingrédients, pas un niveau de qualité.
La caution vétérinaire
La caution vétérinaire n’a rien d’exclusif : de nombreuses marques, y compris celles vendues en grande surface, en font depuis longtemps un argument de vente.
Derrière cette mention, le rôle du vétérinaire peut être très différent : formulation de la recette, suivi régulier ou simple avis ponctuel. Pour savoir ce qu’il fait concrètement, trois questions sont utiles : qui formule l’aliment et avec quelles compétences ? Quels contrôles sont réalisés ? Comment l’équilibre nutritionnel du produit fini est-il vérifié ?
La cuisson « basse température »
Une croquette n’est pas forcément meilleure parce qu’une température plus basse figure sur son emballage. Ce chiffre peut ne concerner qu’une étape, comme le séchage, et ne suffit pas à décrire la fabrication : la température réellement atteinte dans le produit, la durée du traitement, l’humidité et la pression comptent aussi.
Pour juger l’intérêt du procédé, il faut donc connaître l’ensemble des étapes et vérifier la qualité nutritionnelle et la sécurité sanitaire du produit fini. Ces informations vous en apprennent davantage qu’une température mise en avant seule.
Images et pictogrammes : tous ne se valent pas
Une cuisse de poulet ou quelques légumes sur le sac ne décrivent pas précisément la recette. Lorsqu’un ingrédient est mis en avant par un mot ou une image, la réglementation européenne impose d’indiquer sa proportion. Ce pourcentage vous renseigne sur la quantité utilisée, mais l’image ne vous dit pas quelles parties entrent réellement dans la composition.
Un pictogramme peut être un simple symbole créé par la marque ou signaler une certification contrôlée par un organisme indépendant. Dans ce dernier cas, consultez les critères de la certification pour savoir ce qui est réellement vérifié : le symbole seul ne vous le dit pas.
Formulé avec des ingrédients « naturels »
Dans l’alimentation pour chiens et chats, le terme « naturel » désigne des ingrédients d’origine animale, végétale, minérale ou microbienne qui n’ont pas subi de transformation chimique de synthèse. Ils peuvent en revanche avoir été cuits, séchés, congelés, broyés ou extrudés.
La mention « naturel » renseigne donc sur l’origine et la transformation des ingrédients, mais ne garantit pas la qualité nutritionnelle de l’aliment.
Une « alimentation sur mesure »
Cette allégation est parfois mise en avant, notamment par certaines marques vendues sur Internet. L’expression est séduisante, mais mérite d’être précisée.
Tenir compte de l’âge, de l’activité, de la stérilisation ou de certaines sensibilités de l’animal est bien sûr pertinent. Mais sélectionner une recette parmi plusieurs références existantes ne signifie pas qu’elle a été formulée spécialement pour votre chien ou votre chat. Retrouver son nom sur le paquet n’en fait pas davantage une recette sur mesure.
Face à une promesse de « sur mesure », la question est donc simple : la recette a-t-elle réellement été formulée pour votre animal, ou choisie parmi des recettes existantes selon ses caractéristiques ?
Les céréales et le chat ?
Le chat est un carnivore strict : il a notamment besoin d’une alimentation riche en protéines et d’un apport en taurine, qu’il ne fabrique pas en quantité suffisante. Il n’a pas de besoin nutritionnel en amidon, mais peut le digérer lorsqu’il est correctement préparé et apporté en quantité modérée. Les céréales ne sont donc ni indispensables ni incompatibles avec son alimentation. Et « sans céréales » ne signifie pas « sans amidon » : les pommes de terre, les pois et les lentilles en apportent aussi.
En guise de conclusion
À force de vouloir se différencier, certaines marques misent davantage sur ce qui fait vendre que sur ce qui fait la qualité d’un aliment. Apprendre à faire la différence, c’est déjà mieux choisir.